Si la Grand-Maison vous était contée...        Pendant 150 ans, une  même famille tient     le relais des diligences de Mûr-de-Bretagne    devenu plus tard une auberge réputée.


Mûr-de-Bretagne, ancienne «mutatio» romaine, station étape sur la grande voie de Rennes à Carhaix, va longtemps rester le cœur oublié de la Bretagne malgré sa forteresse édifiée au 13e siècle par les comtes de Rohan. Il faudra attendre le ministère Guizot et son enrichissez-vous pour qu'au 19e siècle deux axes importants traversent la ville, la route n°164 bis, d'Est en Ouest, de Rennes à Carhaix, et la route n°767, dite du duc d'Aiguillon, du Nord au Sud, de Gouarec à Pontivy.

Des services de diligences reliant Rennes à Carhaix et Pontivy à Guingamp font étape à Mûr malgré des routes qui demeurent souvent impraticables à la mauvaise saison pour les véhicules hippomobiles. Dans le centre du bourg, au carrefour des deux axes, le relais de diligences de la Grande Maison de Mûr permet une restauration chaude pour les voyageurs, le gîte éventuel, le logement des cochers et le remplacement des chevaux, même de nuit. Un important personnel fait fonctionner l'établissement : le maître de Poste, des postillons, les valets d'écurie et palefreniers, un maréchal, un charron, un bourrelier, des marmitons, valets de chambre, domestiques et lingères.

Il y a du monde devant le relais à guetter l'arrivée de la "malle", dans l'attente du courrier et des petits colis qui arrivent de Rennes ou des villes voisines, Rotrenen, Loudéac ou Pontivy.

Plusieurs générations de Maîtres de Poste de la même famille Le Guevel tiennent le relais aux 18e et 19e siècles : Pierre et son fils Joseph, riches fermiers, meuniers et éleveurs de chevaux, fournissant la paille, le fourrage, le bois et la nourriture à l'auberge. Ensuite c'est le petit-fils Joachim (1744-1801), aidé successivement par ses trois épouses, Louise Lavenant, Marie Tilly et Elisabeth Elias, et après encore, son fils, Julien Le Guevel (1797-1853), puis la petite-fille Marie-Mathurine (1828-1898). Ils ont des projets pour faire évoluer Grand-Maison et en faire un hôtel de tourisme (accueil des vacanciers de passage ou en villégiature, (le peintre Jean-Baptiste Corot y séjournera plusieurs fois, le sculpteur Pierre Feitu également). Marie-Mathurine se marie avec Jean-Marie Le Bouedec en 1853. Au décès de celui-ci en 1859, Mathurine ne peut rester seule pour tenir son auberge, elle se remarie avec Louis Lahay en 1866.

Mathurine a une fille, Marie-Josèphe Le Bouedec (1859-1936) née de son premier mariage. Celle-ci épouse un veuf, Jean-Marie Lavenant (1844-1928), papa d'une petite Marie-Anne. Ils auront ensemble quatre enfants, Ernest, Valentine, Louis (décédé en bas âge) et Marie-Louise, ma grand-mère. Jean-Marie possède une ardoisière à Caurel,  il participe aussi à la gestion de l'hôtel et du personnel. Grand-mère Mathurine Le Bouedec est toujours là, elle tient les fourneaux d'un restaurant qui demande chaque année de plus en plus de variété au menu.

La diligence vit ses dernières années, une ligne de chemin de fer à voie étroite, joignant Loudéac à Carhaix, ouverte en 1902, la remplace progressivement. La gare de Mûr offre 3 allers et retours par jour. Le train et le canal de Nantes à Brest assurent le transport de l'ardoise bleue, richesse de la ville.

La première guerre mondiale puis le canal qui est coupé à la fin des années 1920 par la centrale électrique de Guerlédan, précipitent la fin des ardoisières qui employaient plusieurs centaines de familles. Le train arrête définitivement ses rotations en 1967, il est remplacé par un service d'autocars venant de Rennes. Alors une nouvelle vie va apparaître à Grand-Maison, le tourisme lié au lac artificiel de Guerlédan et à plusieurs lieux réputés des environs, la chapelle Sainte-Suzanne, la vallée de Poulancre, les alignements mégalithiques, l'abbaye de Bon-Repos. A la disposition des touristes vers la gare ou les sites, il y a des navettes organisées par calèches, depuis l'auberge.

Sur les quatre enfants de Marie-Josèphe, le fils, Ernest, devient instituteur puis directeur de l'école de Mûr. Marie-Louise, la plus jeune, travaille quelques années à l'hôtel, elle y croise régulièrement un voyageur de commerce en tissus et toiles, Henri Berhault, qui arrive dans sa belle automobile, objet bien rare à l'époque (seul le médecin en avait une). Henri l'épouse en 1913 puis l'emmène vivre à Rennes où elle passera sa vie (sauf un petit retour à Mûr le temps de la Grande Guerre). C'est donc Valentine qui reprend les rênes de l'auberge. Elle se marie en 1908 à un Mûrois de souche, Pierre Le Vaillant, directeur d'école, Conseiller d'Arrondissement puis Maire de Mûr, qui l'épaule jusqu'en 1932, date de son décès. Alors, malgré la Seconde Guerre Mondiale et les restrictions de l'occupation, Valentine Le Vaillant tiendra Grand-Maison jusqu'à sa mort en 1948.

Conservant une partie de l'ancien personnel, ses trois enfants, Jean, Yvonne et Anne-Marie gardent le commerce en indivision pendant quelques années comme restaurant ouvrier et débit de boissons (surtout Jean et sa première épouse Angèle Guevenay) avant de revendre l'Hôtel en 1954 à l'employée d'un restaurateur de Pontivy, Maria Guillo, et à son mari Yves. Ces derniers arrivent le 7 juin avec tout ce qu'ils possèdent empilé dans une charrette, et un petit garçon de dix ans dans leurs jambes, le futur chef Jacques Guillo. Les héritiers Le Vaillant offrent à Yves et à Maria des facilités de paiement et leur laissent tout le matériel de cuisine. Il faut dire qu'Yves est un lointain cousin : son arrière-grand-tante Marie Guillo avait épousé en 1857 Joachim Le Bouedec, un frère de Jean-Marie.

L'Hôtel de la Grand Maison devient alors un restaurant routier connu, sur la route nationale 164. Quelques années plus tard, en 1978, le jeune Jacques, nanti de ses diplômes de l'école hôtelière de Quimper, reprend l'affaire avec sa femme Brigitte et en fait la célèbre auberge étoilée que toute la Bretagne connaît. Joël Rebuchon viendra même y adouber son ami. En 2004, Jacques Guillo revend le commerce à monsieur Le Fur afin de profiter de sa retraite, trop courte hélas avant son décès en 2021. Avec Jacques se termine l'histoire d'une même famille qui a fait vivre l'Hostellerie de Grand-Maison pendant un siècle et demi.

Claude Berhault

arrière petite fille de Marie-Josèphe


LA GRAND'MAISON 

Deux vues assez semblables et pourtant... Ci-dessus en blanc, la façade de la Grand-Maison. Au premier plan, la grange et les communs, de l'autre côté de la rue. On peut remarquer que, sur la seconde vue, ci-dessous, la grange et les communs en bas de la photo ont disparu. De plus, les écuries ont été surélevées et leur toiture est maintenant mansardée.

au premier plan, à droite, Grand Maison
au premier plan, à droite, Grand Maison
Grand Maison au début des années 60
Grand Maison au début des années 60
le routier d'Yves et Maria Guillo
le routier de Yves et Maria Guillo
l'auberge de Jacques Guillo
l'auberge de Jacques Guillo
la grande cheminée de l'auberge
la grande cheminée de l'auberge
aujourd'hui la grande cheminée a disparu. Trois fois hélas ! Mais modernité oblige.
aujourd'hui la grande cheminée a disparu. Trois fois hélas ! Mais modernité oblige.

QUELQUES MEMBRES DE LA FAMILLE

Mathurine et son second mari Louis Lahaye
Mathurine et son second mari Louis Lahaye
Marie-Josèphe
Marie-Josèphe
Valentine
Valentine
Pierre Le Vaillant
Pierre Le Vaillant
Maria Guillo
Maria Guillo
Jacques et Brigitte Guillo
Jacques et Brigitte Guillo

MÛR ET SES ENVIRONS

peut-être Marie-Josèphe avec son tablier. L'hôtel est à 30 mètres.               Les photographes de cette époque aimaient mettre en scène les riverains.
peut-être Marie-Josèphe avec son tablier. L'hôtel est à 30 mètres. Les photographes de cette époque aimaient mettre en scène les riverains.
à droite, Grand Maison
à droite, Grand Maison
enfants devant l'auberge
enfants devant l'auberge
la remontée de la gare. Tout en haut, Grand Maison
la remontée de la gare. Tout en haut, Grand Maison
en haut de la côte, Grand Maison. A gauche, le château Lecerf
en haut de la côte, Grand Maison. A gauche, le château Lecerf
au premier plan, la calèche de l'hôtel
au premier plan, la calèche de l'hôtel
la calèche
la calèche
les chevaux du relais
les chevaux du relais
le moulin Le Guevel. Un petit postillon amène un des chevaux à l'abreuvoir.
le moulin Le Guevel. Un petit postillon amène un des chevaux à l'abreuvoir.
l'arrivée de la diligence depuis Rostrenen
l'arrivée de la diligence depuis Rostrenen
carrières d'ardoise bleue
carrières d'ardoise bleue
carriers dans une ardoisière de Caurel
carriers dans une ardoisière de Caurel
fendeur d'ardoises
fendeur d'ardoises
scieur
scieur
sur le canal, les chalands transportent les ardoises
sur le canal, les chalands transportent les ardoises
chargement d'ardoises
chargement d'ardoises
Mûr, l'atelier du charron
Mûr, l'atelier du charron
le maréchal-ferrand
le maréchal-ferrand
l'automobile Renault de Henri Berhault
l'automobile Renault de Henri Berhault
sortie de la messe, les Mûrois vont peut-être aller prendre un café à Grand-Maison
sortie de la messe, les Mûrois vont peut-être aller prendre un café à Grand-Maison
le capot, coiffure traditionnelle du pays de Mûr
le capot, coiffure traditionnelle du pays de Mûr
les premiers autocars de la C.A.T.
les premiers autocars de la C.A.T.

CELEBRITES

fontaine Sainte-Marguerite
fontaine Sainte-Marguerite

  La fontaine Sainte-Marguerite a été plusieurs fois peinte par Jean-Baptiste Corot lors de ses nombreux séjours à Mûr. Il a d'ailleurs logé à Grand-Maison ou chez son ami monsieur Lecerf (qui habitait le château juste en face). Corot est aussi l'auteur de plusieurs tableaux représentant des femmes de Mûr.

le peintre Jean-Baptiste Corot, autoportrait
le peintre Jean-Baptiste Corot, autoportrait
toile de Corot représentant la fontaine (musée du Louvre)
toile de Corot représentant la fontaine (musée du Louvre)
l'incendie de Sodome de Corot (metropolitan museum New-York) La fontainr sert de toile de fond.
l'incendie de Sodome de Corot (metropolitan museum New-York) La fontainr sert de toile de fond.
femmes à la fontaine
femmes à la fontaine
paysage dans la campagne de Mûr
paysage dans la campagne de Mûr
femme allaitant son enfant
femme allaitant son enfant
Devant la fontaine, le sculpteur Pierre Feitu, né à Mûr
Devant la fontaine, le sculpteur Pierre Feitu, né à Mûr

LE TOUR DE FRANCE PASSE A MÛR

Depuis 1947, Mûr est devenu un passage incontournable du Tour de France cycliste
Depuis 1947, Mûr est devenu un passage incontournable du Tour de France cycliste
la fameuse côte de Ménéhiez, 2km à 7%, dont 500m entre 10% et 13%
la fameuse côte de Ménéhiez, 2km à 7%, dont 500m entre 10% et 13%
Bernard Hinault
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